Ragote, ragote... Il en restera toujours quelque chose..!
28 Juillet 2020
Gisèle HALIMI fut l'une des 343 femmes qui signèrent ce manifeste paru dans "Le Nouvel Observateur" du 5 juin 1971 et qui déclarait "Je me suis fait avorter". "Le manifeste des 343 salopes" fut une appellation qui résulta de la UNE de Charlie Hebdo, la semaine suivante. Une appellation aujourd'hui considérée "offensante" par quelques féministes intégristes, qui feignent d'ignorer que Charlie apportait alors tout le soutien de son humour aux formules lapidaires à ce fort mouvement féministe.

L'année, suivante, ce fut le procès de Bobigny. Cinq femmes sont jugées pour avortement..! Parmi elles, une mineure violée. Ces femmes se tournent vers Gisèle HALIMI dont l'engagement pour la cause féministe est public. Et pas seulement la cause féministe. Gisèle HALIMI a également dénoncé la torture en Algérie, aux côtés de Simone de BEAUVOIR. Et Gisèle HALIMI, avec l'accord des inculpées, transforme le tribunal de Bobigny en tribune politique. Elle y emporte une telle victoire judiciaire qu'il est désormais impossible de condamner une femme pour "avortement", selon la lettre de la vieille loi de 1920 influencée par la morale catholique.

Et elle récidive la bougresse..! En 1974, deux jeunes touristes belges sont violées en France. Problème, le viol est alors considéré comme un délit et relève du Tribunal Correctionnel. Gisèle HALIMI obtient une déclaration d'incompétence de ce Tribunal et, pour la première fois, voilà un viol renvoyé en assises..!

Dès lors, il n'est plus possible de laisser la Loi inchangée. Une loi qui date de... 1810 !!! Désormais, le viol est un crime.
Et Gisèle HALIMI, toute sa vie restera sur le pont. Députée apparentée PS, elle s'engagera pour le remboursement de l'IVG, puis elle prendra rapidement ses distances avec le PS et participera à la fondation de ATTAC en 1998.

Née le 27 juillet 1927, Gisèle HALIMI tire sa révérence le lendemain de ses 93 ans. Si notre habituelle formule de "Salut l'artiste" ne lui convient pas, nous tenons cependant à déclarer que dans notre pâture, elle fait l'objet d'un unanime respect.
Edith O'Rial