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Le Ragot des Moutons

Ragote, ragote... Il en restera toujours quelque chose..!

La Capitana

"Elle avait la peau d’un brun presque noir, des yeux de jais et la tête couronnée de nattes aussi noires que ses yeux, d’où son surnom d’« Abyssinienne », et elle avait seize ans — qui en paraissaient vingt. Grande, la poitrine haute, son bleu de milicienne n’arrivait pas à effacer sa taille de maja* ni à dissimuler sa démarche balancée de fille des bas-quartiers de Madrid. Elle chantait toute la journée Ay Mari-Cruz, Mari-Cruz, majavilla de mujer…, on la voyait se promener, esquisser un pas de danse, aborder un milicien, un autre avec toujours la même exigence : « Montre-moi comment ça se démonte, un fusil. Je sais le charger, mais pas le démonter, et un jour moi aussi j’en aurai un…" Extrait d'un portrait d'une milicienne tracé par Mika ETCHEBEHERE (1902-1992), dans ce remarquable "Ma guerre d'Espagne à moi", publié également en poche aux éditions Libertalia.

Récit autobiographique, il s'agit surtout d'un bel hommage rendu aux femmes miliciennes qui combattirent principalement dans les rangs de la CNT et du POUM, jusqu'à ce que le Parti Communiste Espagnol s'empare du pouvoir et renvoie les femmes aux fourneaux. Mika ETCHEBEHERE, d'origine argentine,  s'est trouvée revêtue de ce nom basque pour avoir épousé un militant internationaliste, comme elle, et tous deux rejoindront l'Espagne en 1936 où Hippolyte Etchebéhère tombe le 16 août. Mika reste en Espagne. Mika se bat dans les rangs des miliciennes et miliciens du POUM (Parti Ouvrier d'Unification Marxiste), ce petit parti anti-stalinien qui sera réprimé par le PCE.

Miliciennes espagnoles

Dès 1924, Mika et Hippolyte avaient adhéré au Parti Communiste Argentin mais ils en furent vite exclu-e-s pour "tendances anarchistes". Hippolyte est de nationalité française. Nationalité que Mika acquiert en conséquence. C'est ce qui lui permettra de trouver refuge en France à la chute de la République. Mais avant ça, Mika a commandé une unité combattante du POUM jusqu'en mai 1937. A cette date, elle est arrêtée à Barcelone sur ordre du PCE. Elle est emprisonné puis doit sa libération à Cipriano MERA, anarcho-syndicaliste de la CNT et combattant notoire.

Mika au front en 1936

Mika est juive. En 1940, elle trouve refuge en Argentine pour échapper à l'extermination. En 1946, elle est de retour en France et ne cessera plus de militer pour son rêve de Révolution, jusqu'en 1992, lorsqu'elle s'éteint le 7 juillet.

"— Oui, Mocheté. Paco me connaît bien. Nous avons grandi dans le même quartier, à Carabanchel. Je suis de la colonne Pasionaria, mais je préfère rester avec vous. Jamais ils n’ont voulu donner de fusils aux filles. On était bonnes pour la vaisselle et la lessive. […] J’ai entendu dire que dans votre colonne les miliciennes avaient les mêmes droits que les hommes, qu’elles ne s’occupaient ni de lessive ni de vaisselle. Je ne suis pas venue au front pour crever, un torchon à la main. J’ai assez récuré de marmites pour la révolution !" Un autre extrait du même bouquin qui éclaire l'attitude des milices du PCE (Parti Communiste Espagnol).

Mika en compagnie d'autres miliciens (à Gauche, Cipriano MERA)

Bouquinette

PS: La vie de Mika Etchebéhère a fait également l'objet d'une biographie romancée publiée sous le titre de La Capitana, écrite par l'auteure argentine Elsa OSORIO.

 

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